Les événements de spillover zoonotique, c'est-à-dire le passage d'agents pathogènes de la faune sauvage aux populations humaines, constituent une préoccupation majeure en Afrique de l'Ouest. Selon une étude multinationale publiée dans le Bulletin de l'Organisation Mondiale de la Santé, ces événements ont augmenté de 40 % au cours des cinq dernières années dans la sous-région. Les chercheurs attribuent cette hausse à la déforestation accélérée, à l'expansion des zones agricoles et à la proximité croissante entre les communautés humaines et les habitats de la faune sauvage. L'étude, menée par un consortium de laboratoires affiliés au CDC Afrique et à l'Institut Pasteur de Dakar, a analysé plus de 3 000 échantillons prélevés dans huit pays de la CEDEAO entre 2022 et 2025. Les résultats montrent que les marchés de viande de brousse et les zones de pâturage partagées représentent les principaux points de contact à haut risque. Les coronavirus, les paramyxovirus et les filovirus figurent parmi les familles virales les plus fréquemment détectées. Le professeur Amadou Sall, directeur de l'Institut Pasteur de Dakar, a souligné que « la surveillance intégrée aux interfaces homme-animal-environnement est désormais une nécessité absolue, pas un luxe ». Il a plaidé pour la création d'un réseau régional de sentinelles biologiques capable de détecter précocement les signaux de spillover avant qu'ils ne se transforment en épidémies. Les auteurs recommandent un investissement annuel de 50 millions de dollars pour renforcer les capacités de diagnostic rapide, former les agents de santé communautaire et établir des corridors de biosécurité autour des zones écologiques sensibles. Le CDC Afrique a déjà intégré ces recommandations dans son plan stratégique 2026-2030.